Nos perspectives d’avenir, à mon tendre et à moi même, s’amélioraient. Un nouveau désir de vivre s’était fait jour. Ce texte devait en témoigner. Nous avions, tout les deux, été élevés dans des ambiances des plus simples et humbles. Nous n’avions pas à les quitter, ni à les voir avec dédain. Rien de transcendant, ne nous arriverait dans notre vie, c’est ce quoi nous nous étions préparé comme nombre d’êtres et de générations, tout pouvait pourtant nous arriver. Mais il est des êtres qui ne s’avouent pas vaincu par la monotonie si facilement et, il me semblait que nous avions à être de véritables créateurs de notre vie. Quentin aussi y aspirait, nous avions à nous y consacrer à deux.

Quentin avait prouvé, par son choix de vie, qu’il osait un chemin difficile. Piano, chant, couple avec un conjoint du même sexe de 12 ans son aîné, rien, vraiment ne le préparait à cela dans sa vie. Pour moi, être à ce point accro à l’écriture et à mes intérêts pour l’occultisme, rien ne m’y préparait non plus ni dans ma famille ni dans mon milieu social. J’avais à soutenir Quentin dans son combat de vie qui, dans une vie ordinaire, ne se voulait pas ordinaire, il avait à être soutenu dans cette tentative de changement complet d’ambiance de vie, d’état d’âme. Comme j’étais moi même soutenu par son exemple. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point, au fond, nous étions des sortes d’emblèmes de notre génération, nous tentions quelques chose de complètement nouveau, comme toutes les générations avant nous, dans nos moeurs comme dans le destin de continuer à faire vivre nos passions. Lui la musique, le chant, le piano, moi l’écriture et la compréhension de la réalité spirituelle. Notre partenariat, notre destin, je devais le voir sous son jour transcendant.

J’avais longtemps cru que Quentin manquait de confiance en lui et voilà tout, c’était mal voir le rôle que j’avais moi même à jouer. C’était mal voir mon propre manque de confiance en moi qui était appaisé à son contact. J’avais tendance à l’éteindre parfois quand j’aurais du rallumer la flamme qui brillait en lui, je jouait souvent le rôle du conservateur, quand quelque chose, en moi, se voulait pourtant de tout son être, novateur. — Ose !

Nous avions à pratiquer notre art, nous avions à nous soutenir mutuellement dans notre désir, notre destin. Et, le destin, c’était avant tout notre état d’âme vis à vis de notre vie et du monde qui nous entourait. L’extraordinaire, nous avions à en être les créateurs dans nos états d’âme.

Si nous nous étions installés ensemble, nous étions encore dépendant de nos parents. Nous habitions chez les miens et, nous deux, Quentin et Moi, n’avions pas encore trouvé l’indépendance qui devait être la notre, un but se dessinait néenmoins en arrière fond de nos coeurs. Rome ne s’était pas faite en un jour. Il fallait que nous nous émancipions, pour la plus grande joie de nos parents qui nous verraient réussir et surtout pour notre plus grand bonheur, mais aussi pour la plus grande créativité de la vie à travers nous, pour la plus grande abondance de l’univers à travers nous.

Et, dans cet effort, si Quentin jouait son rôle, et il le jouait, j’avais à jouer le mien. Il était évident que je n’assumais pas notre foyer comme je l’aurais du, financièrement bien sûr, mais aussi artistiquement. J’avais choisi, ou plutôt, j’étais tombé amoureux d’un jeune homme, artiste, de 22 ans, et, il fallait l’avouer, je me trouvais encore des plus dépendant intérieurement. Si je ne pouvais pas continuer à être éternellement l’enfant de mes parents, tant financièrement que psychologiquement, c’est que j’avais à conquérir une liberté sur deux plans. J’avais à prendre au sérieux l’indépendance nécéssaire à notre épanouissement. Il fallait, dès aujourd’hui que je sois bien clair avec moi même, si Quentin désirait continuer à paufiner son art, j’avais, quand à moi, à paufiner le mien. Et, cela signifiait un art de tenir ses comptes et de payer un loyer… comme cela signifiait d’oser vivre une partie de ses rêves artistiques et créatifs.

Cette vie avec un artiste me plaisait. Quentin me plaisait, le destin que nous pouvions avoir me plaisait. Mais j’avais, pour le vivre à me mettre au niveau, à me mettre à la page, à oser.

C’était toujours une responsabilité que d’écrire son journal en ligne. Mais j’aspirais aussi à ce type de vie, j’aspirai à m’offrir ainsi à mes proches, j’aimais cet aspect de la modernité qui consistait à faire de sa vie une oeuvre qui osait se dire. Et, mon art était l’écriture, le journal de bord qui se tenait, le réseau social bien tenu, le style de vie qui plaisait, le juste rapport à l’esthétique.

J’avais à me mettre au niveau de mon conjoint qui, lui, n’avait pas peur d’aller sur la scène, de s’exposer, même s’il savait qu’il continuerait à se perfectionner encore. Comme j’étais dans la salle à l’écouter, heureux, quand il était auditionné, je devais monter sur les planches de l’écriture et lui permettre d’avoir un conjoint duquel être l’heureux spectateur.

Moi même, j’avais à assumer le style de vie que je voulais avoir et il signifait ne pas avoir peur de s’exposer, oser jouer le jeu de la vie sans rougir, oser jouer le jeu de faire oeuvre de soi, au fond, la vie sur cette terre, j’en avais la certitude, était un spectacle auquel nous étions prier de participer, l’humilité, c’était aussi ne pas considérer notre gène de nous exposer, c’était savoir accepter ce que me disait Tyler Durden du Fight Club « Vous n’êtes pas exceptionnels. Vous n’êtes pas un flocon de neige merveilleux et unique. Vous êtes faits de la même substance organique pourrissante que tout le reste. Nous sommes la merde de ce monde, prête à servir à tout. », je pouvais accepter de n’être qu’un représentant de mon époque et jouer le jeu, le jeu d’internet, le jeu de l’exposition de soi, le jeu du réseau social virtuel… J’avais à travailler à moi même comme Quentin osait travailler à lui. J’avais à ne pas m’identifier à cette vie, qui n’était qu’un des rôles joué par mon être immortel dans l’éternité. Nous avions à travailler à nos rôles comme au rôle de nos vies, avec la plus honnête sincérité mais avec le détachement de ceux qui savent qu’ils ne meurent pas.

Cette journée à la nouvelle bibliothèque du volcan du Havre aura été bénéfique, j’ai à continuer sur ma lancée.

Ecrire, notre vie, sur les pages de notre petit monde, nous y sommes tous appelés. J’espère continuer à écrire et donner à vivre, j’espère qu’il continue à jouer et chanter et donne à vivre, j’espère que nous continuerons tous à jouer notre rôle, du mieux que nous pourrons dans cette Bitter-Sweet Symphony, dans cette tragicomédie grandiose et éternelle qu’il s’agit de vivre avec la sincérité qui convient et le coeur chaud aimant. Ultreïa ! En avant !